Je coche, tu coches, nous cochons …

La « coche » est l’un des objectifs du naturaliste, amateur, passionné, néophyte, éclairé, spécialisé …. On espère rêve tous de La coche. Celle qui nous pousse à sortir tôt le matin, qui nous fait nous coucher tard le soir … Il y a toute sorte de cocheur. L’opportuniste, le cocheur fou, le cocheur chanceux, le cocheur méritant, d’ailleurs, peut-on réellement mériter une coche ? Bon je m’égare revenons au début, à l’origine. Cocher, à la base, c’est inscrire une nouvelle espèce à la liste de animaux que l’on a pu observer. On inscrit une coche (check) dans le livre à coté du nom de l’espèce.

Pour le coup, je m’étais donné un objectif au niveau des serpents, cette année, en terme de coche pour me motiver à diversifier mes sorties, à rechercher plus spécifiquement certaines espèces qui me manquaient encore. J’ai pu en réaliser quelques unes et c’est à chaque fois une émotion particulière. Lorsque dans le faisceau de la lampe, la silhouette du serpent et les couleurs qui apparaissent indique qu’un s’agit une espèce nouvelle.

Ma dernière coche ophidienne était pour le coup assez inattendue et est venue ouvrir inaugurer un week end qui s’est révélée être très riche, dont vous pouvez trouver les photos dans l’article précédent. Mais ce Micrurus psyches méritait un article pour lui tout seul, tant pour sa beauté que sa rareté.

 

Le corail segmenté est un Elapidae dont le venin est potentiellement mortel. De la même grande famille que les cobras ou les mambas. Avec le Micrurus collaris – Corail obscure, il ne présente pas la livrée caractéristiques des corails du plateau des Guyanes, l’alternance d’anneau blanc, coloré et noirs en triade qui permet généralement de différencier les faux-corails des vrais. Cet individu mesure une quarantaine de centimètres.

La route du marais

Il était une route, sinueuse et torturée. Un passage mystérieux qui frayait un chemin à ceux qui le veulent, au cœur de la forêt, par le sommet de la montagne, jusqu’au marais.

Je l’ai parcouru cet itinéraire. De nombreuses fois exploré les layons qui s’en échappent, pour fuir le goudron transpirant. Et la sylve de kaw m’a offert des kyrielles de surprises. De nombreuses coches et de belles observations ont été faites dans ces bois. Le week end dernier n’a pas fait exception.

Un petit saut pour le fleuve, un grand pas …

sunset 01 petit saut mars 2018

Haaa, le lac de petit saut, ses myriades d’îlots, ces kyrielles de troncs morts qui essaient de tendre encore un peu vers le ciel, écho lugubre de la majesté qui autrefois habitait cette forêt. Désormais noyée. Exécutée sur l’autel de la consommation énergétique d’une humanité égoïste et orgueilleuse.
Aujourd’hui devenu un haut lieu de l’observation animale, ce sanctuaire encore quelques peu préservé par endroit de l’impact nocif de l’orpaillage ou du braconnage. Je dis bien par endroit, puisque l’orpaillage illégal et ses conséquences sont bien présents sur le plan d’eau, mais heureusement pas partout.

Bref, ce refuge pour moi, pour nous, loin des bruits de la ville et de son agitation. Où nous avons maintenant nos petites habitudes lorsque nous nous élançons, poupe au vent à la rencontre de la faune sauvage. Une fois encore, les « classiques » étaient au rendez vous, avec une belle surprise tout de même, deux groupes de capucins blanc, une espèce de primate très rare dans le nord du département, pour tout dire ma première observation de ce singe.

Pour l’anecdote, des amis photographes s’étaient rendu pour la première fois sur le lac la semaine précédente et ils en sont revenus avec une série d’observations assez fabuleuse et photos hallucinantes. Cinq jaguars en trois jours, ce félin que j’ai déjà traqué avec des pièges photos mais dont j’ai vu la queue seulement via l’écran des caméras automatiques … Un boa canin en plein jour et d’autres trucs de folie. Bref, j’attendais donc à mon tour de croiser le félin mais ça n’a pas été pour cette fois. Il se fait encore désirer le bougre, même si la biche qui traversait m’a offert un bel ascenseur émotionnel je doit dire. La prochaine fois ?

 

Belizon

La forêt domaniale de Belizon se situe à quelques kilomètres avant Regina, sur la route du Brésil pour moi, le Kouroucien. Un ami y possède un camp en pleine jungle. Un endroit idéal pour y passer quelques jours. Tout confort (du moins, ce qu’on peut exiger en forêt, à savoir douche, gazinière, toilette …. ), ce lieu n’en est pas moins un spot privilégié pour y observer pléthore d’animaux rares ou non. Quand ça n’est pas les caciques qui vous réveillent, c’est que les singes hurleurs s’en sont déjà chargé. Et puis s’il fait trop chaud, autant aller faire un plouf dans la cascade, puisque la harpie vient régulièrement faire un arrêt dans l’arbre au dessous.

Et quand vient la nuit, alors grenouilles et ophidiens pointent leurs museaux pour mon plus grand plaisir.

Voila donc quelques images rapportées de mes deux derniers séjours là bas.

La perle précieuse

Une petite perle dans la forêt, chantait, chantait chantait…

centro ponctué 04 kaw dec 2017

J’ai le plaisir de vous présenter, après tant de temps sans un petit article, la centrolène ponctuée (Hyalinobatrachium cappellei). L’une des « grenouilles de verre » guyanaises, tellement fragiles et transparentes que l’on peut voir au travers ! La prochaine fois que j’en croise, je vais tenter quelques expériences photographiques là dessus par ailleurs. Vous pourrez apercevoir sur l’une des photos justement, une partie de l’appareil digestif de l’un de ces magnifiques amphibiens.

Très discret puisque caché sous les feuilles, on les trouve généralement grâce à leur chant caractéristique qui nous permet de savoir qu’elles sont présents dans le coin. Après c’est un jeu de patience pour regarder sous chacune des feuilles environnantes jusqu’à la récompense.

centro ponctué 03 kaw dec 2017centro ponctué 02 kaw dec 2017centro ponctué 01 kaw dec 2017

Les sauriens, ces vivants dinosaures

Il existe quatre espèces de caïmans (Alligatoridae) en Guyane française, le caïman noir, le caïman à lunettes, le caïman rouge et le caïman gris. Ces espèces d’alligator n’attaquent pas l’homme mais demeurent un gibier de choix pour les chasseurs, à cause de leur chair fine et unique. Le Caïman noir, le plus gros des espèces guyanaises lui n’est plus cantonné qu’au bassin de Kaw, ayant été chassé dans toutes les autres localités où il était présent, tant pour sa viande que la qualité de son cuir. De plus, la dégradation des milieux aquatiques auxquelles les caïmans sont inféodés font sans cesse reculer leurs populations. Il est important de bien les connaître et de les protéger.

J’ai pu ces dernières semaines, croiser et photographier trois des quatre espèces. Le caïman noir, quant à lui, n’est quasiment plus photographiable  que dans la plaine angélique, cette zone de la réserve de Kaw accessible uniquement par hélicoptère et sur des critères de mission à but  scientifique. Alors qu’il était encore bien présent sur le reste des marais il y a quelques années, certains prestataires touristiques, ne respectant pas le cotât fixé à un individu capturé puis relâché par sortie, capturaient des fois plus d’une dizaine de spécimens. Les reptiles, sans aucun doute stressés par ces captures répétitives et le fait de passer entre les mains de chaque touriste voulant prendre sa photo avec le « monstre du marais », se sont petit à petit éloignés de la zone accessible aux touristes. Alors que le marais semblait être le spot pour observer les différences espèces dans la même soirée, j’ai entendu des témoignages d’il y a quelques mois faisant état de sortie où les pirogues étaient rentrées bredouilles. Pas un seul œil rouge à l’horizon.

En effet, il est relativement facile de trouver des caïmans s’ils sont présents. Leurs yeux reflètent comme des braises rouges, le faisceau de la lampe et les éclaire. Une bonne frontale suffit pour dénicher tous les individus se trouvant à portée d’éclairage. Et si on s’approche calmement, ils ne sont pas très farouches. Pour information, toutes les photos qui vont suivre ont été prises au 100mm macro, ce qui peut vous donner une idée du peu de distance qui me séparait des bestioles.

Le caïman à lunettes : Caïman crocodilus

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Les caïmans rouge et gris sont considérés comme des caïmans forestiers, à savoir qu’ils n’hésitent pas à se déplacer sur la terre ferme pour changer de marre ou de cours d’eau. Ils se distinguent des caïmans noirs et à lunettes, par l’absence de barre osseuse en deçà des yeux. Les gris semblent plus sensibles à l’altération de leur environnement et par conséquent, ne se trouvent que très rarement sur la bande littorale, alors qu’on peut trouver des rouges sur des criques à quelques minutes de Kourou seulement.

Le caïman rouge : Paleosuchus palpebrosus

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Le caïman gris : Paleosuchus trigonatus

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On the road again

Une très bonne technique – et une des plus reposantes aussi – pour trouver les serpents reste le road-crossing, bien que sur certaines pistes on puisse observer une baisse sensible des observations sur les dernières années. J’en ai déjà parlé, mais le road-crossing consiste à choisir une route/piste si possible peu fréquentée et bordée de forêt primaire. Lorsque les conditions sont idéales, il faut rouler très lentement jusqu’à ce qu’on croise la route d’un serpent. La dernière session avec Julien nous aura permis de croiser deux magnifiques spécimens assez rare. Vive le retour de la saison des pluies !! On espère pouvoir en profiter un maximum avant que la grande saison sèche ne pointe le bout de son nez !

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Oxyrhopus occipitalis – Oxyrhope à nez jaune
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Oxyrhopus occipitalis – Oxyrhope à nez jaune

Pour être honnête, cette sortie m’a fait du bien, j’avais l’impression de tourner en rond sur 5 ou 6 espèces ces derniers temps, toujours les mêmes serpents peu importe les endroits. Croiser deux si beaux et rares spécimens en une sortie, ça changeait de l’habitude.

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Epicrates cenchria – Boa arc en ciel
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Epicrates cenchria – boa arc en ciel