Belizon

La forêt domaniale de Belizon se situe à quelques kilomètres avant Regina, sur la route du Brésil pour moi, le Kouroucien. Un ami y possède un camp en pleine jungle. Un endroit idéal pour y passer quelques jours. Tout confort (du moins, ce qu’on peut exiger en forêt, à savoir douche, gazinière, toilette …. ), ce lieu n’en est pas moins un spot privilégié pour y observer pléthore d’animaux rares ou non. Quand ça n’est pas les caciques qui vous réveillent, c’est que les singes hurleurs s’en sont déjà chargé. Et puis s’il fait trop chaud, autant aller faire un plouf dans la cascade, puisque la harpie vient régulièrement faire un arrêt dans l’arbre au dessous.

Et quand vient la nuit, alors grenouilles et ophidiens pointent leurs museaux pour mon plus grand plaisir.

Voila donc quelques images rapportées de mes deux derniers séjours là bas.

Les sauriens, ces vivants dinosaures

Il existe quatre espèces de caïmans (Alligatoridae) en Guyane française, le caïman noir, le caïman à lunettes, le caïman rouge et le caïman gris. Ces espèces d’alligator n’attaquent pas l’homme mais demeurent un gibier de choix pour les chasseurs, à cause de leur chair fine et unique. Le Caïman noir, le plus gros des espèces guyanaises lui n’est plus cantonné qu’au bassin de Kaw, ayant été chassé dans toutes les autres localités où il était présent, tant pour sa viande que la qualité de son cuir. De plus, la dégradation des milieux aquatiques auxquelles les caïmans sont inféodés font sans cesse reculer leurs populations. Il est important de bien les connaître et de les protéger.

J’ai pu ces dernières semaines, croiser et photographier trois des quatre espèces. Le caïman noir, quant à lui, n’est quasiment plus photographiable  que dans la plaine angélique, cette zone de la réserve de Kaw accessible uniquement par hélicoptère et sur des critères de mission à but  scientifique. Alors qu’il était encore bien présent sur le reste des marais il y a quelques années, certains prestataires touristiques, ne respectant pas le cotât fixé à un individu capturé puis relâché par sortie, capturaient des fois plus d’une dizaine de spécimens. Les reptiles, sans aucun doute stressés par ces captures répétitives et le fait de passer entre les mains de chaque touriste voulant prendre sa photo avec le « monstre du marais », se sont petit à petit éloignés de la zone accessible aux touristes. Alors que le marais semblait être le spot pour observer les différences espèces dans la même soirée, j’ai entendu des témoignages d’il y a quelques mois faisant état de sortie où les pirogues étaient rentrées bredouilles. Pas un seul œil rouge à l’horizon.

En effet, il est relativement facile de trouver des caïmans s’ils sont présents. Leurs yeux reflètent comme des braises rouges, le faisceau de la lampe et les éclaire. Une bonne frontale suffit pour dénicher tous les individus se trouvant à portée d’éclairage. Et si on s’approche calmement, ils ne sont pas très farouches. Pour information, toutes les photos qui vont suivre ont été prises au 100mm macro, ce qui peut vous donner une idée du peu de distance qui me séparait des bestioles.

Le caïman à lunettes : Caïman crocodilus

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Les caïmans rouge et gris sont considérés comme des caïmans forestiers, à savoir qu’ils n’hésitent pas à se déplacer sur la terre ferme pour changer de marre ou de cours d’eau. Ils se distinguent des caïmans noirs et à lunettes, par l’absence de barre osseuse en deçà des yeux. Les gris semblent plus sensibles à l’altération de leur environnement et par conséquent, ne se trouvent que très rarement sur la bande littorale, alors qu’on peut trouver des rouges sur des criques à quelques minutes de Kourou seulement.

Le caïman rouge : Paleosuchus palpebrosus

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Le caïman gris : Paleosuchus trigonatus

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On the road again

Une très bonne technique – et une des plus reposantes aussi – pour trouver les serpents reste le road-crossing, bien que sur certaines pistes on puisse observer une baisse sensible des observations sur les dernières années. J’en ai déjà parlé, mais le road-crossing consiste à choisir une route/piste si possible peu fréquentée et bordée de forêt primaire. Lorsque les conditions sont idéales, il faut rouler très lentement jusqu’à ce qu’on croise la route d’un serpent. La dernière session avec Julien nous aura permis de croiser deux magnifiques spécimens assez rare. Vive le retour de la saison des pluies !! On espère pouvoir en profiter un maximum avant que la grande saison sèche ne pointe le bout de son nez !

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Oxyrhopus occipitalis – Oxyrhope à nez jaune
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Oxyrhopus occipitalis – Oxyrhope à nez jaune

Pour être honnête, cette sortie m’a fait du bien, j’avais l’impression de tourner en rond sur 5 ou 6 espèces ces derniers temps, toujours les mêmes serpents peu importe les endroits. Croiser deux si beaux et rares spécimens en une sortie, ça changeait de l’habitude.

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Epicrates cenchria – Boa arc en ciel
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Epicrates cenchria – boa arc en ciel

 

Le dragon des savanes

Le soleil entame son lent plongeon vers l’horizon. ctroale 06

Les ombres des arbres décharnés de la plaine s’allongent alors que les hautes herbes oscillent doucement à la brise de la fin d’après midi. La savane qui s’étend sous nos pieds, encore humide des dernières pluies est son territoire. Au ras de la terre rouge, il chasse, virevolte, et se faufile au milieu de la végétation. Invisible. Sûr de sa puissance.

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Depuis l’orée d’un bois, plusieurs silhouettes observent les pripris. Ils se tiennent droit, et sont chaussés de hautes bottes. Aujourd’hui, selon toute vraisemblance. Ils auront croisé un dragon.

Crotale d’Amérique du sud – Crotalus durissuscrotale 03crotale 04crotale 05crotale 07


Un énorme merci à Wilou de m’avoir appelé aussitôt qu’il a rencontré ce jeune crotale des savanes.


Bothrops bilineatus

Le vrai jacquot est un grage arboricole, de la famille des viperidae. Il possède l’un des venins les plus dangereux du bassin amazonien, donc potentiellement mortel pour l’homme. Cependant, c’est un serpent très calme et conciliant, même lors d’une séance photo effrénée.

Il est pour moi l’un des plus beaux serpent guyanais et faisait parti de la liste de ceux que je voulais vraiment voir in-situ. Hélas, plutôt rare. Cet individu, croisé à Kaw lors d’une sortie plutôt orientée amphibien est le deuxième que je croise. Le premier était lors d’une excursion à la savane roche Annabelle. Malheureusement pour moi, chacune de ces rencontres a eu lieu sans mon boitier réflexe. Difficile de faire de la macro avec un bridge, mais le sujet est tellement photogénique que les images restent très correctes.

Kaw, Décembre 2016, Individu sub-adulte

La photo des trois hominidés aspirés par leurs appareils et absorbés par la 
contemplation du viperidae arboricole est de Philippe Gauthier.