La route du marais

Il était une route, sinueuse et torturée. Un passage mystérieux qui frayait un chemin à ceux qui le veulent, au cœur de la forêt, par le sommet de la montagne, jusqu’au marais.

Je l’ai parcouru cet itinéraire. De nombreuses fois exploré les layons qui s’en échappent, pour fuir le goudron transpirant. Et la sylve de kaw m’a offert des kyrielles de surprises. De nombreuses coches et de belles observations ont été faites dans ces bois. Le week end dernier n’a pas fait exception.

Un petit saut pour le fleuve, un grand pas …

sunset 01 petit saut mars 2018

Haaa, le lac de petit saut, ses myriades d’îlots, ces kyrielles de troncs morts qui essaient de tendre encore un peu vers le ciel, écho lugubre de la majesté qui autrefois habitait cette forêt. Désormais noyée. Exécutée sur l’autel de la consommation énergétique d’une humanité égoïste et orgueilleuse.
Aujourd’hui devenu un haut lieu de l’observation animale, ce sanctuaire encore quelques peu préservé par endroit de l’impact nocif de l’orpaillage ou du braconnage. Je dis bien par endroit, puisque l’orpaillage illégal et ses conséquences sont bien présents sur le plan d’eau, mais heureusement pas partout.

Bref, ce refuge pour moi, pour nous, loin des bruits de la ville et de son agitation. Où nous avons maintenant nos petites habitudes lorsque nous nous élançons, poupe au vent à la rencontre de la faune sauvage. Une fois encore, les « classiques » étaient au rendez vous, avec une belle surprise tout de même, deux groupes de capucins blanc, une espèce de primate très rare dans le nord du département, pour tout dire ma première observation de ce singe.

Pour l’anecdote, des amis photographes s’étaient rendu pour la première fois sur le lac la semaine précédente et ils en sont revenus avec une série d’observations assez fabuleuse et photos hallucinantes. Cinq jaguars en trois jours, ce félin que j’ai déjà traqué avec des pièges photos mais dont j’ai vu la queue seulement via l’écran des caméras automatiques … Un boa canin en plein jour et d’autres trucs de folie. Bref, j’attendais donc à mon tour de croiser le félin mais ça n’a pas été pour cette fois. Il se fait encore désirer le bougre, même si la biche qui traversait m’a offert un bel ascenseur émotionnel je doit dire. La prochaine fois ?

 

Biche, o ma biche !

Plusieurs espèces de cervidés bondissent dans la jungle guyanaise. Des proies de choix pour les prédateurs, du jaguar à l’homme, en passant par le caïman et l’anaconda. Les dangers sont nombreux pour le bambi d’Amazonie.

Ma première biche en photo fut le fameux cariacou, aussi appelée biche des palétuviers. Seulement, ce que je ne vous dit pas, c’est que je n’ai pas fait exprès de la photographier !
En effet, nous étions sur l’estuaire d’un fleuve pour y observer les ibis avec quelques amis, et aussi tenter d’apercevoir le légendaire et très rare toucan toco. Un oiseau sur la berge attire notre attention à Hervé et moi. N’étant pas d’accord sur l’identité du volatile, nous prenons la photo alors que les collègues, eux se fichant royalement de notre débat scrutaient les alentours à la recherche de choses intéressantes à voir. La sortie se déroula, pleine d’ibis mais sans toucan. Une fois arrivé à la maison, Hervé me rappelle sur mon téléphone, tout excité. « Audric, tu as regardé tes photos de la sortie ? »

Je lui réponds que pas encore et il me dit : « ben regarde les photos du courlis tu vas être surpris » et puis raccroche. Je me demande alors si c’est bien un courlis que nous avons vu ? Je check un peu mes photos et là surprise, une biche apparaît. Bien nette, juste en lisière de forêt. Invisible à nos yeux, mais révélée par l’appareil. Magique. Subjuguant. Nos regards ont tous glissé dessus sans l’apercevoir.

biche & courlis
Odocoileus cariacou

Par la suite, j’ai eu l’opportunité de photographier plusieurs daguets rouges – Mazama americana sur le lac de petit saut, de manière étonnante, je n’en avais jamais vu autant en quelques jours à peine.

 

Quant au daguet gris – Mazama gouazoupira, le plus petit des trois cerfs guyanais, je n’ai pour l’instant pas eu l’occasion de le croiser.

Belizon

La forêt domaniale de Belizon se situe à quelques kilomètres avant Regina, sur la route du Brésil pour moi, le Kouroucien. Un ami y possède un camp en pleine jungle. Un endroit idéal pour y passer quelques jours. Tout confort (du moins, ce qu’on peut exiger en forêt, à savoir douche, gazinière, toilette …. ), ce lieu n’en est pas moins un spot privilégié pour y observer pléthore d’animaux rares ou non. Quand ça n’est pas les caciques qui vous réveillent, c’est que les singes hurleurs s’en sont déjà chargé. Et puis s’il fait trop chaud, autant aller faire un plouf dans la cascade, puisque la harpie vient régulièrement faire un arrêt dans l’arbre au dessous.

Et quand vient la nuit, alors grenouilles et ophidiens pointent leurs museaux pour mon plus grand plaisir.

Voila donc quelques images rapportées de mes deux derniers séjours là bas.

Les primates du lac

Certains ont le privilège d’habiter proche de la réserve de Kaw, moi c’est la proximité du lac de petit saut que j’apprécie tout autant. La route déjà pour y accéder est pleine de surprises, (à son actif, de nombreuses rencontres inédites dont le fameux puma et d’autres ophidiens ou mammifères), mais le lac lui est juste un haut lieu de l’observation animalière. et malheureusement du braconnage et de l’orpaillage. La chasse y est totalement interdite, mais les nombreux camp d’orpailleurs illégaux ne se privent pas pour prélever massivement toutes sortes d’animaux, des mammifères aux poissons, en passant par les oiseaux … Tout y passe… Mais je parlerai plus longuement de la chasse et de l’orpaillage dans d’autres articles.

C’était déjà pour moi, à l’époque de Steph, un spot pour y rencontrer les hurleurs roux, ces fameux singes au cri guttural et si puissant qu’il s’entend sur plus de quelques kilomètres. J’ai récemment eu la chance d’y croiser six des huit espèces de primates guyanais, au cours du dernier mois. Les deux autres espèces, à savoir les saki satan et les capucins blancs ne sont présents que dans le sud de la Guyane. Je n’ai pas pu tous les prendre en photos, étonnamment, les plus communs sont ceux que je n’ai finalement pas pu immortaliser. Je nomme les saïmiris et les tamarins.

Je commence par les plus communs, les Capucins brun, Cebus appela

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Viennent les majestueux et lumineux hurleurs roux de guyane, Alouatta seniculus, aussi appelés babounes.

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Ma première observation aussi franche des mystérieux singes atèles, Ateles paniscus, surnommé singes araignées ou Kwata.

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Je finis avec le légendaire et discret saki à face pale, Pithecia pithecia, appelé saki à face blanche. Ce petit singe très discret se balade souvent avec des groupes de tamarins. Nous avons eu la chance d’en croiser trois fois en une sortie, malheureusement deux fois trop furtivement pour en tirer des photos correctes. En particulier d’une femelle avec son petit sur le dos. Sur la photo, il s’agit d’un mâle.

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